9 mars 2026

La SFI annonce une garantie de 50 millions $ pour muscler ZEP-RE, le réassureur du COMESA

Dans un marché de la réassurance africain qui pèse 6,3 milliards $, mais reste capté à 70-80 % par les grands acteurs européens, cette annonce est un signal fort dans l’offensive du continent pour rapatrier les primes. 

La Société financière internationale (SFI) s’apprête à déployer une facilité de garantie pouvant atteindre 50 millions de dollars en faveur de ZEP-RE (PTA Reinsurance Company), le réassureur panafricain basé à Nairobi. L’opération, approuvée par le conseil d’administration de la SFI le 22 décembre 2025 et formalisée neuf jours plus tard, est en attente de décaissement.

Le mécanisme cible le risque de crédit de réassurance de ZEP-RE. L’objectif est de permettre à l’entreprise de sélectionner un portefeuille d’affaires jugé plus rentable et de meilleure qualité, tout en élargissant son empreinte sur le continent.

Créé en 1990 sur initiative des chefs d’État de l’ancienne Zone de commerce préférentiel (PTA), devenue depuis le Marché commun pour l’Afrique orientale et australe (COMESA), ZEP-RE figure parmi les rares réassureurs africains à vocation régionale. Son tour de table associe une dizaine d’États membres dont le Kenya, l’Éthiopie, la Zambie, le Zimbabwe, le Rwanda, l’Ouganda et Malawi à des institutions financières continentales telles que la BAD et Afreximbank ainsi que des opérateurs d’assurance africains et internationaux.

Un marché en croissance mais dominé par les acteurs étrangers 

Le marché africain de la réassurance pèse 6,3 milliards de dollars de primes en 2024,  soit seulement 1,6 % des souscriptions mondiales, selon les données d’Atlas Magazine. Un chiffre dérisoire au regard du potentiel du continent, mais en progression de 8,8 % sur un an et de 89 % sur dix ans : la trajectoire est là.

Un problème structurel demeure. Les réassureurs étrangers — au premier rang desquels les filiales africaines de Munich Re, Hannover Re et SCOR — captent entre 70 et 80 % des primes africaines, laissant aux acteurs locaux les segments les moins rentables. Face à cette fuite de capitaux, plusieurs régulateurs ont durci le cadre. Le principe : avant tout placement sur le marché international, les assureurs sont tenus de céder une quote-part fixe de leurs traités à un réassureur local ou régional désigné.

Le Kenya propose ainsi de porter cette cession obligatoire à 25 % en faveur de Kenya Re, contre 20 % aujourd’hui. L’Ouganda impose quant à lui des seuils cumulés de 15 % à Uganda Re, 10 % à ZEP-RE et 5 % à Africa Re. La zone CIMA applique un mécanisme similaire au profit de CICA-Re. C’est précisément dans cette dynamique de rétention que ZEP-RE et Africa Re — ce dernier pesant environ un cinquième des primes du continent — tentent de consolider leur positionnement face à la concurrence des grands noms mondiaux.

Au-delà de la réassurance classique, le groupe a développé une offre de micro-assurance directe ciblant les segments peu bancarisés. La SFI prévoit également, dans le cadre de ce financement, un appui technique destiné à accompagner le développement de solutions numériques de gestion des risques. Ces dispositifs cibleront notamment les petits exploitants agricoles et les PME africaines, en particulier celles dirigées par des femmes.

Ecofin