Né dans un milieu d’entrepreneuriat, Ibrahima Kalil Kaba grandit avec le rêve de devenir un entrepreneur de renom. C’est dans cette optique qu’il crée le cabinet Trustee SAS avant de lancer Guinea Fintech Week pour mettre en relation les acteurs du secteur public et privé. Dans un entretien accordé à Bizpero, M. Kaba, diplômé d’un Master 2 Finance, Audit et Contrôle de gestion, revient sur son riche parcours jalonné de succès. Il nous parle également du cabinet Trustee et de Guinea Fintech, qui est en train de devenir une référence en Guinée et dans la sous-région. Lisez !

Si je ne me trompe pas, depuis quelques années, vous êtes dans l’entrepreneuriat. Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
Mon parcours est relativement simple, mais construit avec méthode. Je suis titulaire d’un Master 2 en Finance, Audit et Contrôle de gestion. J’ai débuté ma carrière dans le secteur bancaire, où j’ai cumulé près de sept années d’expérience, dont quatre en Guinée et trois au Sénégal, principalement dans les métiers du crédit et de la gestion des risques. Par la suite, j’ai évolué dans des projets de développement, notamment dans un programme dédié au financement des collectivités locales et des municipalités au Sénégal. J’ai également travaillé dans le secteur minier, dans le cadre d’un projet soutenu par la Banque mondiale, où nous accompagnions des entreprises minières internationales, telles que Rio Tinto et Winning, dans l’obtention de leurs permis et autorisations. Fort de ces expériences, j’ai décidé de revenir pleinement dans l’entrepreneuriat. Dès 2018, nous avons lancé Trustee. Mais avant cela, nous avions déjà mis en place un incubateur local pour accompagner les jeunes porteurs de projets et les préparer à l’aventure entrepreneuriale. Trustee est aujourd’hui une structure dont la vocation est d’investir, de structurer les projets, de former les talents et d’accompagner les jeunes entrepreneurs à fort potentiel.
On dit souvent, en Guinée, qu’il est difficile d’entreprendre. Qu’est-ce qui vous a permis de tenir et de vous imposer aujourd’hui sur le terrain ?
Les difficultés existent partout. Entreprendre ne relève pas uniquement de la volonté, c’est avant tout une question d’engagement et de résilience. Je viens d’une famille d’entrepreneurs. Mon père est entrepreneur, et très tôt, j’ai été inspiré par cet exemple. J’ai toujours eu cette ambition de bâtir quelque chose de durable. C’est pourquoi, au début de ma carrière, j’ai fait le choix de travailler dans de grandes institutions et dans des environnements structurés, afin d’acquérir de l’expérience, de la rigueur et une vision stratégique. À un moment donné, nous nous sommes dit qu’il ne fallait pas faire moins que ceux qui nous ont précédés. Ils ont tracé la voie. Nous avons vu nos parents donner corps à leur vision à travers l’entrepreneuriat. Moi, j’ai une fibre entrepreneuriale profondément ancrée. C’est vrai que ce n’est pas facile, surtout dans des environnements comme les nôtres, où de nombreux obstacles peuvent décourager les jeunes. Mais ces défis ne doivent pas être des freins ; ils doivent être des moteurs.
Qu’est-ce qu’il faut concrètement ?
Pour réussir dans l’entrepreneuriat, il faut de l’endurance, de l’engagement et beaucoup de foi dans sa vision. Si l’on devait énumérer toutes les difficultés, la liste serait longue. Mais, à mon sens, entreprendre aujourd’hui est plus accessible qu’il y a dix ans, parce qu’un véritable écosystème est en train de se structurer. De plus en plus de jeunes, dès la sortie de l’université, ont la volonté de créer leur propre activité. Toutefois, il existe encore des préalables essentiels à mettre en place : des dispositifs de formation adaptés ; des mécanismes de financement accessibles dès les premières étapes ; et des programmes de mentorat pour guider les jeunes entrepreneurs.
L’expérience des aînés est un levier puissant. Lorsque vous avez des mentors, des espaces d’incubation et des opportunités de financement, vous augmentez considérablement les chances de réussite des projets. Ce ne sont pas les talents qui manquent en Guinée. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un écosystème coordonné, structuré et orienté vers l’émergence de champions nationaux.
Pouvez-vous nous parler de Guinea Fintech Week ?
Guinea Fintech Week est aujourd’hui une plateforme stratégique de dialogue public-privé dédiée aux enjeux de l’inclusion financière, de la transformation digitale et de l’innovation. C’est un espace où se rencontrent les décideurs publics, les régulateurs, les institutions financières, les entrepreneurs, les startups et les partenaires techniques afin d’échanger sur les mécanismes de financement, les infrastructures numériques et les solutions qui peuvent accélérer la modernisation de notre économie.

Concrètement, qu’est-ce que cet événement peut apporter à la Guinée ou apporte à la Guinée ?
Nous sommes actuellement à la quatrième édition de Guinea Fintech Week, prévue les 21 et 22 octobre 2026. Lors de la dernière édition, nous avons enregistré plus de 1 100 participants, près de 45 intervenants et la participation de délégations provenant d’environ 15 à 18 pays. Aujourd’hui, Guinea Fintech Week s’impose comme un événement structurant pour l’écosystème financier et numérique en Guinée. Elle permet de créer des opportunités concrètes de financement, de partenariat et de développement de marché pour les startups et les entreprises. C’est également un cadre unique où la Banque centrale, les ministères, les régulateurs et les acteurs du secteur privé peuvent dialoguer sur des sujets essentiels tels que la régulation, l’accès au financement et la modernisation des infrastructures financières.
Parlons un peu de l’actualité : qu’en pensez-vous de la crise de liquidité ? Qu’est-ce que vous pouvez proposer comme solution pour remédier au problème de liquidité en Guinée ?
La question centrale aujourd’hui est celle de la confiance entre les acteurs économiques et les institutions financières. Il faut davantage de communication, de transparence et une volonté collective pour restaurer cette confiance. Lorsque les acteurs se réunissent autour de la table pour dialoguer, les solutions émergent naturellement. À mon sens, nous ne faisons pas face à une crise de cash, mais à une crise de liquidité et de confiance.
Si les opérateurs économiques sont convaincus qu’ils peuvent déposer leurs fonds et les retirer en toute sécurité, la circulation de la monnaie s’améliorera automatiquement. Nous sommes une même communauté économique. Il est essentiel que nous nous parlions, que nous collaborions et que nous construisions ensemble des solutions durables pour le bien-être de la population.
Est-ce que la digitalisation peut résoudre ce problème ?
La digitalisation constitue une partie importante de la solution, mais elle ne peut pas être la seule réponse. Il est nécessaire de développer un écosystème complet de solutions digitales : des agrégateurs de paiement ; des établissements de monnaie électronique ; et des plateformes capables de digitaliser l’ensemble de la chaîne de valeur économique.
Le véritable enjeu est la vitesse de circulation de la monnaie dans l’économie. Aujourd’hui, cette circulation est ralentie par un déficit de confiance. Si nous renforçons la confiance institutionnelle et la fiabilité des systèmes financiers, la liquidité reviendra naturellement dans le circuit économique.
Quelles sont les perspectives à venir pour Guinea Fintech Week ?
Alors, nos perspectives, c’est vraiment de consolider le positionnement de Guinea Fintech Week en faisant la plateforme stratégique de dialogue public-privé. Parce qu’aujourd’hui, il faut qu’il y ait un espace où le public et le privé se rencontrent pour pouvoir discuter des vraies questions structurantes de notre pays.
Et la question de la monnaie, vous venez de le dire tout à l’heure. Il faut qu’il y ait du dialogue, qu’il y ait une convergence d’idées, qu’on puisse trouver des solutions. Donc, pour nous, l’enjeu, c’est encore de consolider notre positionnement pour qu’on puisse ouvrir le débat, que le dialogue puisse se tenir, pour que ceux qui décident, qui sont en charge des politiques publiques, puissent rencontrer les acteurs du secteur privé, qui sont les moteurs de notre économie, que ce soit dans la sphère financière ou dans les autres sphères, afin qu’ils puissent discuter et trouver des solutions.
Vous êtes également PDG de Trustee SAS, décrivez-nous cette entreprise.
Trustee est la structure qui porte l’ensemble de ces initiatives. Notre mission est d’accompagner et d’investir dans des PME et des startups à fort potentiel de croissance. Ces dernières années, nous avons particulièrement orienté nos efforts vers les entreprises évoluant dans le domaine des technologies et de l’innovation.
Trustee repose sur trois piliers stratégiques :Trustee Accelerator, qui accompagne les startups dans leur développement ; Trustee Seed Factory, qui constitue notre mécanisme d’investissement en phase d’amorçage ; Trustee Academy, qui se consacre à la formation, au renforcement des capacités et au développement des talents.
À travers ces trois axes, nous cherchons à créer un environnement favorable à l’émergence d’entreprises solides et compétitives.
Dans les années à venir, quelles sont vos ambitions ?
Nos ambitions sont claires : développer nos activités et positionner Trustee comme une structure de référence dans nos domaines d’intervention. Nous voulons former davantage de jeunes, accompagner un plus grand nombre d’entrepreneurs et faciliter l’accès au financement pour les PME et les startups.
À moyen et long terme, notre objectif est également de valoriser et d’exporter l’expertise locale vers la sous-région ouest-africaine. Nous sommes convaincus que les compétences existent en Guinée. Il s’agit maintenant de les structurer, de les financer et de leur offrir des opportunités de croissance.
On vous remercie de nous avoir accordé cet entretien.
C’est moi qui vous remercie et je vous félicite pour votre initiative. Parce qu’aujourd’hui, il faut qu’on ait des jeunes qui prennent leurs responsabilités, qui prennent le lead sur ce genre de questions. Beaucoup de bons projets existent aujourd’hui, mais ils ont besoin de lumière, ils ont besoin d’être portés, ils ont besoin de communication. Nous comptons beaucoup sur vous parce que, je pense, on va lancer la date officiellement de l’édition 2026 de Guinea Fintech Week et on espère vous avoir comme partenaire média sur cette édition.
Interview réalisée par BIZPERO
