Le lundi 19 janvier, le Kenya a officiellement lancé la vente de 65 % du capital de la société publique spécialisée dans le transport et le stockage de produits pétroliers, Kenya Pipeline Company (KPC). L’opération ouvre la voie à une introduction en Bourse d’envergure, avec pour objectif de lever environ 825 millions USD.
Les autorités ont annoncé que la souscription a démarré à l’ouverture du marché et que le prix de l’action a été fixé à 9 shillings, soit 0,07 $, avec une période de vente courant jusqu’au jeudi 19 février. Les titres de la société doivent être admis à la cote de la Bourse de Nairobi le 9 mars. KPC opère au Kenya et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est, où elle constitue un maillon central des infrastructures énergétiques.
Cette introduction en Bourse s’inscrit dans un programme plus large de désengagement partiel de l’État des entreprises publiques. Le but est de mobiliser des ressources internes pour financer de nouvelles infrastructures, soutenir la mise en place de fonds souverains et réduire la dépendance du pays à l’endettement extérieur.
Début 2026, le président William Ruto a insisté sur l’ouverture de l’opération aux investisseurs locaux comme étrangers et sur la volonté de favoriser une participation populaire. Le dirigeant avait alors présenté l’IPO comme un moyen de permettre aux citoyens de bénéficier directement des performances d’une entreprise publique rentable.
L’État kényan prévoit toutefois de conserver une participation significative dans le capital afin de protéger les intérêts nationaux. La cotation doit également permettre à des investisseurs régionaux, notamment d’autres pays d’Afrique de l’Est, d’entrer au capital de l’entreprise, avec l’objectif affiché de renforcer la coopération régionale autour d’infrastructures énergétiques jugées stratégiques.
Une levée historique, malgré un montant revu à la baisse
La cession d’une partie de KPC intervient parallèlement à une réduction en décembre 2025, de la participation publique dans l’opérateur de télécommunications Safaricom, qui a permis à l’État de mobiliser plus de 2 milliards USD. Si le montant recherché est inférieur aux ambitions initiales, l’opération n’en demeure pas moins historique. En septembre 2025, Nairobi indiquait viser une levée pouvant atteindre 1,15 milliard USD dans le cadre de cette IPO, qui devait alors devenir la première introduction majeure du pays depuis plus de dix ans. Le niveau finalement retenu reste suffisant pour établir un nouveau record.
L’introduction en Bourse de KPC dépassera en effet celle de Safaricom en 2008, lorsque l’État avait levé 388 millions USD. Dix-sept ans plus tard, le Kenya s’appuie sur un marché financier plus mature et sur une base d’investisseurs élargie pour mener à bien une opération d’une ampleur inédite en Afrique de l’Est. Le calendrier de l’IPO coïncide aussi avec un environnement international plus porteur pour les marchés actions. Selon les données du London Stock Exchange Group (LSEG), l’activité mondiale des marchés de capitaux actions a atteint 738,4 milliards USD en 2025, en hausse de 15 % sur un an, son niveau le plus élevé depuis 4 ans. Plus d’un cinquième de ces montants ont été levés par des émetteurs en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique.
L’IPO de KPC constitue un test pour la capacité du marché domestique à absorber des levées de fonds de grande taille et pour la crédibilité de la stratégie de privatisation portée par l’exécutif. Elle conditionnera largement la suite du recours aux marchés de capitaux comme outil central de financement de l’économie, conformément à la stratégie du gouvernement.
Source : Agence Ecofin
