20 avril 2026

Mohamed Yaya Kourouma, DG de VDC Telecom, affiche ses ambitions pour un accès à un internet de qualité et à faible coût (entretien)

Nommé à la tête de VDC Telecom en décembre 2025, Mohamed Yaya Kourouma s’engage avec détermination à redorer le blason de cette entreprise de télécommunications implantée en Guinée depuis 2008. Fort d’une carrière riche et d’une expertise reconnue en fibre optique, acquises notamment chez Orange, GUILAB (Guinéenne de Large Bande) et GFO (Guinéenne de Fibre Optique), il entend mettre son savoir-faire au service de la relance de VDC Telecom. Son objectif : offrir aux Guinéens un accès à un internet de qualité, fiable et abordable.

Dans un entretien exclusif accordé à la rédaction de BIZPERO, Mohamed Yaya Kourouma présente ses ambitions pour VDC Telecom et partage son analyse des enjeux actuels du service internet en Guinée. Lisez la suite !  

BIZPERO : Comment êtes-vous arrivé à la tête de cette entreprise ?  

Mohamed Yaya Kourouma (MYK) : « Je vais commencer par vous dire que VDC Telecom est arrivée en Guinée en 2008. Pendant une bonne période, c’était le leader du marché des FAI en Guinée. Ensuite, à un moment donné, avec la prolifération des FAI, elle a connu un déclin. FAI veut dire “Fournisseur d’accès à Internet”. Donc, il y a eu une baisse.  

Par la suite, VDC Telecom a été acquise par de nouveaux actionnaires qui ont bien voulu porter leur confiance en ma modeste personne pour essayer de remettre la boîte sur pied. C’est ce que nous essayons de faire avec toutes les équipes internes, en mettant en place tout ce qui est nécessaire. »  

Depuis que vous êtes à la tête de cette entreprise, quelles sont les actions que vous avez mises en place sur le terrain pour relancer VDC Telecom ?  

MYK : « En termes d’actions concrètes, nous avons déjà réalisé une étude du réseau, qui était quand même vieillissant et vétuste. Nous avons essayé de reprendre beaucoup de choses à ce niveau. Vous verrez, de la Cimenterie à Lambandji, il y a une nouvelle ligne qui a été créée. Nous sommes en train de fermer la boucle Kipé–Aéroport jusqu’à Constantin. Là, je vous parle des lignes internet, des lignes principales. C’est à partir de ces lignes principales qu’on peut faire des tirages jusqu’au client final, que ce soit une habitation ou une entreprise.  

Nous avons organisé des formations pour certains de nos collaborateurs afin de les faire monter en compétences. Nous avons revu l’organigramme. Nous sommes dans une dynamique de collaboration avec différentes écoles, en l’occurrence l’UNC et l’Université Kofi Annan de Guinée, pour accueillir certains étudiants en stage. Nous travaillons aussi sur le fonctionnement interne, en termes de gestion de l’énergie, du carburant et des appels téléphoniques.  

Nous avons obtenu plusieurs contrats : avec KGM, qui est une société minière à Kouroussa ; avec UMS, que vous connaissez bien, à Conakry ; avec la Direction nationale des douanes, ainsi qu’avec les différents points frontaliers des douanes à Kourémalé, à Conakry et à Pamelap. Aujourd’hui, par la grâce de Dieu et avec l’aide de mes différents collaborateurs, nous avons plus ou moins redressé la barque. Il reste encore beaucoup à faire, mais nous avons de très bons espoirs. »  

Rappelez-nous les principaux services de VDC Telecom.  

MYK : « Notre service principal, c’est la fourniture d’accès à internet. La fourniture de l’internet, c’est le cœur de notre métier, à travers la fibre optique, qui permet le haut débit. Nous faisons aussi du FH. Le FH veut dire “faisceau hertzien”. Mais la fibre optique est beaucoup plus prisée en termes de facilité, de stabilité, de mobilité et surtout de débit, parce qu’elle est beaucoup plus rapide et permet de transporter une grande quantité de données. »  

Où en est le niveau d’implantation de VDC Telecom à l’intérieur du pays ?  

MYK : « Comme je vous l’ai dit, la présence de VDC date de 2008 et nous sommes partout, et nous pouvons être partout sur le territoire guinéen. C’est-à-dire que s’il y a une zone aujourd’hui où il n’y a pas VDC, c’est parce que nous n’avons pas encore de client potentiel par là-bas. Mais que ce soit à Zoo, à Sambaïlo ou à Koundara, s’il y a quelqu’un qui a besoin de la connexion de VDC, nous avons le matériel nécessaire et le personnel nécessaire pour aller déployer dans cette zone, où que ce soit en République de Guinée. »

Quelle contribution apporte VDC Telecom à la Guinée ?  

MYK : « VDC se positionne pour faciliter l’accès à internet. Les gens en souffrent un peu, je ne dirais pas beaucoup. Il y a beaucoup d’autres acteurs dans ce domaine et nous aussi, nous essayons d’apporter notre modeste contribution pour vulgariser l’internet et permettre aux gens d’y avoir accès à faible coût. »

En tant que Directeur Général, quelles sont vos ambitions pour développer VDC Telecom ?  

MYK : « En tant que Directeur général, nos ambitions, d’abord, la première, c’est de pouvoir résoudre ce problème d’accès à internet à faible coût et d’assurer une couverture totale du pays. Ce sont les objectifs majeurs, qui ne se réaliseront pas en un claquement de doigts. Il y a beaucoup de choses à mettre en place pour cela, et nous sommes en train d’étudier les voies et moyens, mais surtout l’accès à internet à faible coût, pour que le cultivateur lambda qui se trouve, par exemple, à Siguiri, à Kintinian, puisse se connecter à internet comme le Directeur Général dans son bureau à Kaloum.  

Donc, c’est notre credo : faire de l’investissement, parce qu’avec internet, plus vous investissez, plus le coût unitaire devient abordable par la suite. Ce sont des équipements qui sont très chers, mais qui durent aussi très longtemps : au minimum 10 à 15 ans pour les équipements et les installations télécoms.  

Pour les opérateurs et les FAI, ce qui fatigue, c’est le coût de la maintenance. Vous verrez certains de nos clients qui n’arrivent pas à se connecter, soit parce que le routeur n’est pas branché, soit parce qu’il n’est pas alimenté. Ils vont appeler le fournisseur pour dire que ça ne marche pas.  Le fournisseur a l’obligation d’assurer le service après-vente. Il se déplace, vient chez le client et se rend compte que c’est le routeur qui n’est pas bien branché ; il va juste le brancher. Mais derrière, en tant que fournisseur, il a pris du carburant, mobilisé des ressources, alors que ce client ne paye peut-être que 500, 600, 700 ou 900 000 francs au maximum pour sa connexion mensuelle.  

Donc, il faut que nous ayons ces prérequis à l’esprit pour comprendre que la faute ne vient pas forcément toujours de l’opérateur. On ne peut pas dire que chez nous tout est parfait, mais des efforts continuent d’être faits en ce sens. »  

Selon vous, qu’est-ce qu’il faut pour permettre aux Guinéens d’avoir une meilleure qualité d’internet ?  

MYK : « Les gens se préoccupent souvent de la qualité de l’internet en Guinée. Une meilleure qualité d’internet, moi, je pense que ça existe déjà. »  

Mais ça coûte cher, n’est-ce pas ?  

MYK : « Le coût est assez discutable. Nous avons souvent tendance à faire la comparaison avec les pays de la sous-région, mais parfois c’est du suivisme. Moi, je dirais plutôt que les fournisseurs d’accès à internet que nous sommes devrions surtout améliorer les équipements et les installations.  

Ensuite, l’internet ne se mesure pas seulement à la capacité d’aller sur Snapchat ou sur Facebook. Malheureusement, chez nous, c’est ce qui est le plus utilisé. Il existe beaucoup d’autres usages de l’internet qui ne sont pas forcément visibles pour la population en général, mais, pour ce qui est des entreprises, elles ne se plaignent pas à ce niveau. Il y a du travail à faire tant au niveau du régulateur qu’au niveau des fournisseurs d’accès à internet et des opérateurs. »  

Concrètement, qu’est-ce qu’il faut ?  

MYK : « Le travail du régulateur c’est structurer l’écosystème, c’est-à-dire qu’il y a des entités qui sont déjà en place, qui existent déjà, mais il faut que chacun utilise sa part de marché. Je vous donne un exemple : quand on prend la GUILAB, elle s’occupe de la capacité allouée à l’international. Le champ d’action de la GUILAB s’arrête à un certain niveau. À partir de ce niveau, l’État a mis en place ce qu’on appelle la SOGEB, qui est la société de gestion du backbone national. Le backbone est opérationnel depuis quelques années.

Après le backbone, il y a un opérateur d’infrastructure qui est GFO, qui a aussi sa plage de fonctionnement, c’est-à-dire son domaine d’action. Si le régulateur réussit à fixer clairement les limites de chacun et que chacun respecte son domaine d’action, alors, après la GFO, les fournisseurs d’accès à internet et les opérateurs viennent derrière. Ils font ce qu’on appelle le “last mile”, c’est-à-dire le dernier kilomètre qui va du point de présence de la GFO jusqu’au client final qui a demandé l’internet. L’un n’impacte pas l’autre et chacun aura ce qu’il lui revient.  

Mais si aujourd’hui chaque opérateur et chaque FAI déploie son propre réseau, il y a une prolifération de réseaux. Maintenant, la population aussi… Actuellement, vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a un phénomène de Wi-Fi zone, souvent exploité par des novices dans le domaine. Le régulateur fait aujourd’hui beaucoup d’efforts pour pouvoir stopper cela.

Donc, il faut déjà une conscientisation au sein de la population, parce que ces Wi-Fi zones utilisent des fréquences qui ne sont pas forcément contrôlées. Même pour l’utilisateur, il y a des effets indésirables, parce que les équipements par lesquels vous passez pour vous connecter ne sont pas sous contrôle, ne sont pas structurés. Vous êtes exposé à différentes attaques. Peut-être que le niveau de développement de notre pays ne fait pas encore ressortir pleinement ces risques, mais dans des pays plus avancés, c’est une grosse faille de sécurité. Donc, il faut travailler à ce niveau-là.  

Il faut aussi dire que l’internet ne se limite pas aux réseaux sociaux. On peut en faire beaucoup plus de choses. GUILAB dispose aujourd’hui de serveurs cache. Donc, la rapidité est là. C’est-à-dire que lorsque vous voulez aller sur un site, si ce site se trouve sur le serveur cache de GUILAB, vous n’avez pas besoin du temps de connexion (ce qu’on appelle la latence) nécessaire pour aller jusqu’à Londres ou aux États-Unis récupérer ces adresses : c’est déjà à GUILAB, qui est à Kipé. Ce temps est donc réduit.

Certes, ce n’est pas visible à l’œil nu, mais je reste convaincu que des efforts sont en train d’être faits. Il en reste encore, mais des efforts sont en cours, à la fois de la part de l’État guinéen et de la part des acteurs privés, pour que cela soit vulgarisé. »

Avez-vous quelque chose à ajouter avant de conclure cet entretien ?  

MYK : « Je voudrais simplement rappeler que c’est un travail commun, tant au niveau de l’État, à travers l’ARPT, à travers la GUILAB, qu’à travers l’ANSUTEN.

L’ANSUTEN, c’est le service universel. L’ANSUTEN est là pour couvrir les zones qui n’ont pas été couvertes par les opérateurs. C’est-à-dire qu’il y a des zones où un opérateur téléphonique ou un fournisseur d’accès à internet va chercher de la clientèle pour se faire un bénéfice. Mais il y a des zones où ils savent qu’ils n’ont pas de clients potentiels. Or, l’État, dans son rôle régalien, a l’obligation de servir toute la population, quelle qu’elle soit. Et c’est là que se positionne l’ANSUTEN.

Ces zones défavorisées, ces zones qu’on appelle les zones blanches ou grises, l’ANSUTEN vient en soutien pour pouvoir les couvrir. Donc, il faut que chaque acteur de l’écosystème respecte sa part de contrat, sa part de marché, et qu’il y ait un peu d’indulgence de la part de la population.

Pour finir, nous sollicitons aussi l’État afin qu’il redouble d’efforts pour que nous ayons un opérateur étatique. C’est une question de souveraineté nationale. L’État fait aujourd’hui beaucoup d’efforts en ce sens et nous l’en remercions. Nous demandons à ce que ces efforts soient renforcés pour qu’on ait un opérateur public qui pourrait contribuer à une meilleure vulgarisation du secteur. »  

BIZPERO