Les entreprises européennes au Togo pèsent 800 milliards FCFA de chiffre d’affaires. Lomé veut en faire un levier pour attirer davantage d’investissements du continent
À Lomé, le gouvernement togolais, l’Équipe Europe et Eurocham Togo ont tenu la première session de leur dialogue tripartite sur le climat des affaires, ce 26 juin. La séance était présidée par Dr Sandra Ablamba Johnson, ministre et secrétaire générale de la Présidence du Conseil, en présence de l’ambassadeur de l’Union européenne au Togo, Gwilym Ceri Jones, et du président d’Eurocham, Charles Kokouvi Gafan.
Le cadre de concertation, qui se réunira deux fois par an et sera complété par des travaux techniques sectoriels, vise un double objectif : améliorer les conditions d’activité des entreprises européennes déjà implantées et en attirer de nouvelles à forte valeur ajoutée.
Un tissu économique européen déjà significatif
Selon des données compilées par l’Union européenne, quelque 312 entreprises européennes sont installées au Togo, dont 46 filiales de groupes. Elles génèrent un chiffre d’affaires annuel d’au moins 800 milliards de francs CFA, emploient plus de 9 000 personnes directement et 25 000 indirectement. Dans le secteur agricole, au moins 90 000 producteurs togolais sont intégrés à leurs chaînes de valeur agro-industrielles. Ces entreprises se positionnent également comme les premiers contributeurs fiscaux du pays, à titre individuel et collectif.
Charles Kokouvi Gafan a pour sa part souligné la contribution déjà significative des entreprises européennes à l’économie nationale, les qualifiant de « premiers contributeurs fiscaux » et de vecteurs de transfert de compétences vers la main-d’oeuvre togolaise.
Eurocham Togo qu’il dirige, créée lors du Forum économique Togo-UE en 2019, a presque doublé ses effectifs depuis sa fondation pour atteindre une cinquantaine de membres adhérents. L’ambassadeur Jones lui a assigné un rôle stratégique dans ce dispositif : celui de « vitrine du Togo auprès du secteur privé européen », facilitateur entre priorités nationales de développement et décisions d’investissement des entreprises européennes.
Global Gateway comme effet de levier
Le dialogue s’inscrit dans le cadre de la stratégie Global Gateway de l’Union européenne, qui mobilise 150 milliards d’euros en faveur des investissements en Afrique entre 2021 et 2027. La Banque européenne d’investissement (BEI) a injecté 3,1 milliards d’euros sur le continent en 2025, dont 46 % fléchés vers l’action climatique, selon ses propres données.
« Global Gateway nous invite à passer d’une logique de projet isolé à une logique d’effet de levier, à mieux orienter les investissements publics et privés pour générer plus d’impacts, plus de cohérence, plus de résultats », a expliqué l’ambassadeur Jones.
Le hub logistique comme argument d’attraction
Les échanges ont mis en avant le positionnement du Togo sur le corridor Abidjan-Lagos, autoroute transnationale de plus de 1 000 km reliant cinq économies d’Afrique de l’Ouest, dont la phase de construction est attendue à partir de 2027 pour une livraison en 2030. Le Port autonome de Lomé (PAL), seul port en eau profonde de la sous-région, a traité 2,06 millions d’équivalents vingt pieds (EVP) en 2025 et vise 2,7 millions d’ici 2027.
Dr Sandra Ablamba Johnson a placé cette initiative dans un contexte international marqué par « la montée du nationalisme, du protectionnisme et des tensions géopolitiques », qui réduisent les marges de manoeuvre des pays en développement. Face à ces contraintes, elle a réaffirmé le choix du Togo de faire du secteur privé « le moteur de la croissance, de la création de richesses et de l’emploi », tout en distinguant ce positionnement d’un désengagement de l’État : « L’État crée les conditions, le secteur privé vient s’accrocher. » Cette orientation s’inscrit dans le cadre de la nouvelle feuille de route gouvernementale en cours d’élaboration, qui place le secteur privé au cœur du modèle de croissance togolais pour la prochaine décennie.
La prochaine session du dialogue tripartite est attendue au second semestre 2026.
Source : Ecofin
