2 juin 2026

Economie numérique en Afrique : La souveraineté numérique, selon Didier Kla (Contribution)

Didier Kla est l’actuel directeur général de Kaydan Technology, le pôle technologie du Groupe Kaydan. Plus de 20 ans d’expérience dans  les réseaux télécoms et infrastructure en Côte d’Ivoire et en Afrique, il était le directeur général d’Orange Cloud et Cyber Solutions d’Orange.

C’est un homme connu pour avoir un avis tranché sur la souveraineté numérique. Il lie cette aspiration à des conditions qui sont loin d’être remplies. Dans cette tribune spécialisée, il s’explique.

Quand j’entends parler de « souveraineté numérique »

Déconstruire les malentendus pour construire une vision claire Quand j’entends parler de « souveraineté numérique », je vois deux réactions opposées. Un enthousiasme parfois idéologique, déconnecté des réalités techniques ou un scepticisme qui considère le sujet comme utopique.

Ces deux visions passent à côté de l’essentiel. La souveraineté numérique est mal comprise parce qu’elle recouvre plusieurs réalités distinctes avec des enjeux, des temporalités et des acteurs différents. En tant que dirigeant d’une entreprise technologique en Côte d’Ivoire, j’ai appris une chose : confondre ces dimensions conduit à de mauvaises décisions stratégiques. Voici le cadre que j’utilise.

La souveraineté des données

Trois questions fondamentales :

  • Où sont stockées mes données stratégiques ?
  • Qui peut y accéder ?
  • Selon quelles règles sont-elles traitées ?

Pour beaucoup d’organisations africaines, les réponses restent partielles. Et certains cadres juridiques internationaux soulèvent des questions réelles sur la maîtrise effective des données, y compris lorsqu’elles sont hébergées localement.

La souveraineté des infrastructures

Sans infrastructures maîtrisées, tout le reste demeure fragile. Réseaux fibre, data centers locaux, points d’échange Internet : ce sont les fondations. De nombreux États africains, dont la Côte d’Ivoire, investissent dans ce renforcement mais le chemin reste long.

La technologie, régulation et économie

Trois dimensions souvent négligées :

  • Technologique: maîtriser les technologies critiques (cloud, IA, cybersécurité), même sans les produire entièrement.
  • Réglementaire: définir et faire appliquer les règles du numérique sur son propre territoire.
  • Économique: capter une part réelle de la valeur créée par l’économie numérique. Aujourd’hui, cette valeur reste fortement concentrée entre les mains de quelques grandes plateformes mondiales.

Un point commun à toutes ces dimensions. Elles ne se décrètent pas, elles se construisent dans le temps et elles nécessitent des acteurs locaux solides. Sans champions nationaux et régionaux, les politiques publiques, aussi ambitieuses soient-elles, peinent à produire leurs effets.

Ce qu’il faut retenir

La souveraineté numérique s’analyse à travers 5 dimensions : données, infrastructures, technologie, régulation, économie. Chaque dimension a ses propres leviers et temporalités. La création de valeur numérique reste fortement déséquilibrée à l’échelle mondiale. Sans acteurs locaux forts, la souveraineté reste théorique. La souveraineté numérique n’est pas un état à atteindre. C’est un processus de construction continue dimension par dimension, décision par décision.

Didier Kla

Directeur Général Kaydan Technology