22 juillet 2026

CEDEAO : la Guinée intègre la Task Force sur la monnaie unique

Quatre ans après sa suspension consécutive au coup d’État de 2021, la République de Guinée marque son grand retour sur l’échiquier politique régional. À l’occasion du 69ᵉ Sommet ordinaire de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui s’est tenu à Freetown, Conakry a non seulement scellé sa réintégration pleine et entière, mais a également obtenu son entrée stratégique au sein de la très sélective Task Force présidentielle sur le programme de la monnaie unique (ECO).

Ce basculement géopolitique majeur consacre la normalisation diplomatique du pays, portée par la transition démocratique récente et l’élection présidentielle de décembre 2025 qui a porté le général Mamadi Doumbouya au pouvoir avec plus de 86 % des suffrages.

Une intégration économique par la grande porte

L’annonce a été officialisée dans le communiqué final de la Conférence des chefs d’État. La candidature de la Guinée pour intégrer le saint des saints des décisions monétaires régionales a été acceptée « avec satisfaction » par ses pairs. Conakry rejoint ainsi la Côte d’Ivoire dans ce comité restreint chargé de piloter les orientations politiques de la future devise ouest-africaine, dont le lancement progressif reste fermement maintenu pour 2027.

L’accès de la Guinée à ce cercle décisionnel intervient à un moment charnière. Alors que le projet d’intégration monétaire piétinait face aux disparités économiques des États membres, la CEDEAO a formellement validé à Freetown le principe d’un lancement à plusieurs vitesses. L’ECO sera d’abord introduit dans les pays répondant rigoureusement aux critères de convergence macroéconomique, tandis qu’un accompagnement spécifique sera déployé pour les économies en retard.

En siégeant à la Task Force, la Guinée aura voix au chapitre pour surmonter les derniers blocages techniques, harmoniser les politiques budgétaires et trancher la délicate question des régimes de change entre banques centrales avant l’échéance fatidique. Une réunion d’urgence de la Task Force a d’ailleurs été ordonnée par les chefs d’État avant le prochain sommet ordinaire prévu en décembre 2026.

Le « modèle guinéen » face à la crise régionale

Ce retour en force contraste fortement avec la rupture consommée entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel (AES), formée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Contrairement à ses voisins sahéliens qui ont choisi le divorce institutionnel, le président guinéen Mamadi Doumbouya a opté pour une diplomatie du dialogue et du compromis.

Présent physiquement à Freetown, le chef de l’État guinéen n’a pourtant pas mâché ses mots. Lors d’un discours remarqué, il a fustigé la politique historique de l’organisation sous-régionale, affirmant avec vigueur que « les sanctions ne sont pas la solution » contre les régimes en transition. Tout en réaffirmant l’ancrage indéfectible de la Guinée à l’idéal panafricain, il a plaidé pour une refonte profonde des institutions communautaires afin de les recentrer sur le développement économique plutôt que sur les punitions politiques.

Preuve de ce nouveau statut d’interlocuteur privilégié et de « pont » géopolitique, le président Doumbouya a été désigné par ses pairs comme médiateur de la CEDEAO pour mener des discussions de haut niveau face aux tensions électorales en Côte d’Ivoire.

Les prochains défis pour Conakry

Pour la Guinée, le plus dur commence. Si l’installation récente de la dixième législature au Palais du Peuple a parachevé le retour à l’ordre constitutionnel exigé par la communauté internationale, le pays doit désormais accélérer ses réformes internes. Pour que son adhésion à l’ECO ne reste pas théorique, le gouvernement du Premier ministre Amadou Oury Bah devra stabiliser ses indicateurs macroéconomiques et veiller à une gestion budgétaire rigoureuse.

Avec une armée guinéenne certifiée à 98 % par la Force en attente de la CEDEAO et sa nouvelle stature au sein du dossier monétaire, la Guinée s’impose à nouveau comme un pilier incontournable de l’Afrique de l’Ouest.

Bizpero