La Côte d’Ivoire passe à la vitesse supérieure pour faire de sa diaspora un levier stratégique de financement de son développement. À Paris, le ministre du Plan et du Développement, Dr. Souleymane Diarrassouba, a dévoilé une feuille de route ambitieuse visant à canaliser une partie des plus de 900 milliards de FCFA transférés chaque année par les Ivoiriens de l’étranger vers des investissements productifs, en soutien au Plan national de développement (PND) 2026-2030.
Cette stratégie marque un changement d’approche. Jusqu’à présent, les transferts de fonds de la diaspora ont principalement servi à soutenir les ménages. Le gouvernement souhaite désormais transformer cette épargne en un véritable moteur de croissance, capable de financer des entreprises, des infrastructures et des projets innovants.
Des transferts supérieurs à l’aide publique au développement
Devant la communauté ivoirienne établie en France, en présence du ministre délégué chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur ainsi que de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Dr. Souleymane Diarrassouba a souligné le poids économique grandissant de la diaspora.
Les plus de 900 milliards de FCFA envoyés chaque année par les Ivoiriens vivant à l’étranger représentent désormais un volume financier supérieur à celui de l’aide publique au développement reçue par le pays.
Selon les données de la Banque mondiale, ces transferts constituent depuis plusieurs années une source de devises particulièrement résiliente. Contrairement aux investissements internationaux, souvent sensibles aux cycles économiques et aux tensions géopolitiques, les envois de fonds des migrants affichent une remarquable stabilité, portée par leur caractère régulier.
Transformer les transferts familiaux en investissements productifs
L’ambition du gouvernement est claire : réorienter progressivement une partie de ces flux financiers vers des activités créatrices de richesse.
Les chiffres présentés lors du lancement du forum « Diaspora for Growth 2026 » illustrent le potentiel de cette transformation :
- 60 à 70 % des transferts servent aujourd’hui au soutien des familles ;
- 15 à 20 % sont consacrés aux investissements immobiliers ;
- Seulement 10 à 15 % financent des investissements productifs.
L’objectif des autorités est d’augmenter significativement cette dernière part afin de renforcer la création d’entreprises, l’industrialisation et l’emploi.
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Des instruments financiers dédiés à la diaspora
Pour atteindre cet objectif, plusieurs mécanismes seront progressivement mis en place afin de faciliter et de sécuriser l’investissement des Ivoiriens de l’extérieur.
Le gouvernement prévoit notamment :
- le lancement d’emprunts obligataires réservés à la diaspora ;
- la création d’un fonds d’investissement dédié ;
- la mise en place d’un guichet unique chargé d’accompagner les porteurs de projets et de simplifier leurs démarches administratives.
Au-delà des capitaux, l’exécutif souhaite également mobiliser les compétences des expatriés dans des secteurs à forte valeur ajoutée, notamment l’industrie, le numérique, les fintechs, la recherche scientifique et les technologies émergentes.
La diaspora au cœur du financement du PND 2026-2030
Cette mobilisation intervient alors que la Côte d’Ivoire lance son nouveau Plan national de développement (PND) 2026-2030, un programme d’investissements particulièrement ambitieux.
Le coût global du plan est évalué à 114 838,5 milliards de FCFA.
Sa structure de financement repose principalement sur le secteur privé, qui devrait apporter 80 614,7 milliards de FCFA, soit 70,2 % des ressources attendues. L’État et le secteur public contribueront à hauteur de 34 223,9 milliards de FCFA.
Dans cette architecture financière, la diaspora est appelée à devenir un acteur complémentaire aux investisseurs privés et aux partenaires techniques et financiers.
« Un capital humain et financier considérable »
Pour Dr. Souleymane Diarrassouba, la diaspora représente bien davantage qu’une source de transferts monétaires.
« La diaspora ivoirienne représente un capital humain et financier considérable, doublé d’une capacité entrepreneuriale que la Côte d’Ivoire tient à valoriser. Le gouvernement entend bâtir avec elle un partenariat fondé sur la complémentarité des expertises, l’investissement et le transfert de compétences, au service de la transformation économique du pays. »
Cette vision traduit la volonté des autorités d’inscrire durablement les Ivoiriens de l’extérieur dans la stratégie nationale de développement.
Une offensive diplomatique avant le Groupe consultatif d’Abidjan
L’étape parisienne clôt une tournée internationale menée par le gouvernement dans la perspective du Groupe consultatif des 8 et 9 juillet 2026 à Abidjan, rendez-vous majeur destiné à mobiliser les financements du PND.
Avant Paris, la délégation ivoirienne s’était successivement rendue à Washington, Brazzaville, Kigali, Bakou et Bruxelles afin de présenter les priorités économiques du pays aux bailleurs de fonds, investisseurs et membres de la diaspora.
Une nouvelle source de financement pour accélérer la transformation économique
En faisant de la diaspora un partenaire financier à part entière, la Côte d’Ivoire cherche à diversifier ses sources de financement et à réduire sa dépendance aux ressources traditionnelles. Si les mécanismes annoncés par le gouvernement parviennent à convertir une part significative des transferts familiaux en investissements productifs, ils pourraient constituer un puissant accélérateur pour la mise en œuvre du PND 2026-2030.
Au-delà des capitaux mobilisés, cette stratégie vise également à attirer les compétences, les réseaux internationaux et l’expertise entrepreneuriale des Ivoiriens établis à l’étranger, renforçant ainsi les bases d’une croissance plus durable, inclusive et compétitive.
Source : Finances AO
